Les primitifs flamands

Les primitifs flamands

Au XVe siècle, les Flandres, territoire appartenant au très riche, puissant et raffiné duché de Bourgogne, sont le foyer d’un renouvellement de la peinture. Les innovations les plus spectaculaires et essentielles sont en premier lieu l’utilisation de la peinture à l’huile, qui suscite l’émerveillement des commanditaires européens, puis le développement de l’art du portrait, fidèle au modèle, et la peinture de chevalet et les retables, peints sur panneau de bois.
Les commanditaires se reconnaissent dans les portraits, les commandes abondent !
Avec l’usage de la peinture à l’huile, l’artiste peut mettre en place un rendu minutieux et précis des détails et des effets de transparence. Cette technique très raffinée et méticuleuse va permettre d’explorer des territoires picturaux nouveaux et suscité une admiration et de nouvelles façons de faire en Italie.
Tous les artistes de cette période contemporaine du Quattrocento italien, ont en commun un rendu méticuleux des intérieurs bourgeois, des natures mortes, des matières riches et révélatrices de la puissance des commanditaires. La représentation des sujets à caractère religieux, le sacré, prend place dans le quotidien. Le langage se fait illusionniste.
Cette révolution picturale, appelée aussi ars nova, selon E. Panofsky en 1953, est due à trois novateurs : Robert Campin, (vers 1375-1444) à Tournai, Jan van Eyck (vers 1390-1441) à Bruges, au service du duc de Bourgogne et Rogier van der Weyden (vers 1400-1464), installé à Bruxelles qui fait la synthèse de ses ainés. A cette génération, vont succéder de remarquables artistes, ayant travaillé dans les ateliers de leurs ainés et qui développent leur art de façon personnelle.

 

6 novembre –  Le duché de Bourgogne et ses peintres par Richard Flahaut, conservateur

Introduction à l’art des primitifs Les possessions bourguignonnes affichent leur prospérité et font du duc l’un des seigneurs les plus puissants d’Europe. C’est la cour la plus raffinée d’Europe, installée à Bruges, puis à Bruxelles. Les artistes bénéficient de commanditaires princiers ou issus de la haute noblesse. Des villes commerçantes comme Bruges et Gand, Anvers connurent une prospérité économique telle qu’une nouvelle classe apparut : la bourgeoisie marchande.
Le duché de Bourgogne placé depuis le XIe siècle dans la mouvance de la couronne royale française fut donnée en apanage par le roi de France Jean II à son fils cadet Philippe de Valois dit Philippe le Hardi. Ce dernier met en place une politique d’expansion territoriales et le duché s’enrichit des possessions notamment du Hainaut, Hollande, Zélande et Frise occidentale. Germe alors l’idée d’un état indépendant… A Jean succèderont Philippe le Bon, le grand duc d’Occident (1419-1467) et enfin Charles le téméraire (1467-1477) à qui le roi de France Louis XI voue une haine sans pardon. Sa fille Marie de Bourgogne (1457-1482) afin de contrer les visées expansionnistes du roi de France, épousera Maximilien d’Autriche, de la maison de Habsbourg…
Ce fut une cour extrêmement raffinée, l’une des plus riche. Nombre d’artistes ont pu œuvrer pour ces ducs. Il reste encore quelques témoignages tels: la tour Jean-sans-Peur à Paris, la tour Philippe le Bon à Dijon, les tombeaux de Philippe le Hardi et Jean sans Peur, le puits de Moïse, vestiges de la Chartreuse de Champmol, les Hospices de Beaune construits par le chancelier Nicolas Rolin et le monastère royal de Brou, édifié par Marguerite d’Autriche. Mais c’est aussi un foyer où les peintres ont pu démontrer leur savoir et créer des merveilles… Le succès de la peinture bourguignonne à l’étranger fut le reflet de l’importance politique croissante de la Bourgogne.


4 décembre –  Robert Campin (1378-1444), le grand précurseur de la peinture flamande par Anne Embs, conservateur monuments historiques

L’irruption de la vie réelle dans des œuvres à thématique sacrée est traitée par ce maître d’une manière particulièrement détaillée. Ce réalisme cause peu à peu la disparition de certains symboles religieux… Les notables locaux sont les modèles de portraits, témoins de « l’individu » (T Todorov)
Robert Campin (Valenciennes vers 1375 – Tournai 1444), appelé aussi « Le Maître de Flémalle » en raison de deux volets d’un triptyque provenant de la petite ville de Flémalle -prés de Liège – autour desquels l’œuvre de l’artiste a été regroupée. Il était probablement originaire de Valenciennes et il serait né vers 1375 et mentionné dès 1406 en tant que maître peintre dans les archives de la ville de Tournai où il sera plusieurs fois mentionné jusqu’en 1444, année de sa mort. Il eut entre autres pour élève Rogier van der Weyden. Son œuvre est d’une importance capitale dans l’élaboration du réalisme flamand dont il est, avec Jan van Eyck, le principal initiateur. Chacun, par des moyens et à des niveaux divers, réalisa la conquête de l’espace infini et de l’unité spatiale de l’œuvre. Éléments qui seront menés à leur pleine maturité avec la génération de Van der Weyden et de Memling.


8 janvier –  Jan van Eyck (1390 ?-1441) un artiste pionnier par Fabrice Conan, historien de l’art

Il est peut-être le plus célèbre des primitifs flamands. Son apport à la peinture occidentale est capital. Il a porté la technique de la peinture à l’huile et le réalisme des détails à un sommet jamais atteint avant lui. Van Eyck a aussi été considéré comme le fondateur du portrait occidental.
D’après son nom, Jan va Eyck, serait né à Masseyck, à une trentaine de kilomètres de Maastricht entre les frontières de deux provinces : les Pays-Bas et la principauté de Liège. Cependant, les documents font défaut pour définir avec précision sa date de naissance ; tout au plus peut-on supposer qu’il est né entre 1385 et 1395. Quant à sa formation, elle reste énigmatique. Probablement il est passé à Liège comme certains travaux permettent de l’imaginer. La première mention documentaire date de 1422 et renseigne Jan van Eyck peintre et valet de chambre au service de Jean de Bavière, comte de Hollande, pour lequel il s’occupe de la décoration du château.


29 janvier –  Rogier van der Weyden (c. 1400-1464), l’innovation par Anne Embs, conservateur monuments historiques

Formé au sein de l’atelier de Robert Campin, il s’installe à Bruxelles en 1435 et devient peintre officiel de la ville, répondant à de nombreuses commandes des ducs de Bourgogne et de leur entourage. À la suite d’un voyage en Italie vers 1450, il termine sa vie à la tête d’un atelier très prospère.
Rogier van der Weyden – de la Pasture – est très certainement de tous les peintres flamands du XVe siècle celui qui a exercé la plus grande influence sur les peintres du Sud de l’Europe. Il naquit en 1399 ou 1400 à Tournai, où son père, Henri de la Pasture, était coutelier. On ne sait rien de ses premières années. Ce n’est qu’en 1427 qu’apparaît dans les registres de la guilde de Saint Luc à Tournai le nom d’un certain Rogelet de la Pasture, qui est cité comme l’élève du peintre Robert Campin. La plupart des auteurs admettent qu’il s’agissait de Rogier van der Weyden, qui allait obtenir plus tard la célébrité sous ce nom.


12 février –  Deux continuateurs de van Eyck : Dirck Bouts (c. 1415/1420-1475) et Petrus Christus (?-1475/76) par Fabrice Conan, historien de l’art

Les compositions de Bouts, placées dans des intérieurs contemporains, permettant ainsi aux dévots de s’y insérer, sont marquées par une forte tension dramatique. Quant à Petrus Christus, il s’intéresse particulièrement à la perspective et réussit à représenter l’espace par des arrière-plans percés de vastes fenêtres laissant apercevoir le décor extérieur. Ses portraits dépassent ceux de son maître par le traitement de la lumière.
Né vers 1415 et originaire des Pays-Bas du Nord, Dirck Bouts (Haarlem vers 1415 – Louvain 1475) s’établit à Louvain dans les années 1447-48 où il remplit la fonction de peintre de la ville. Artiste honoré et réputé, il y mène une existence aisée, multiplie les contacts avec les milieux universitaires et est chargé par les autorités d’importantes commandes officielles. La peinture de Bouts, qui suivit probablement sa formation à Haarlem, est fortement influencée par celle de Van der Weyden, mais dénote en outre une connaissance certaine de l’art italien.
L’artiste qui signa plusieurs tableaux « Petrus Christus » est originaire de Baerle, nom d’un village près de Gand. On ne possède pas d’informations précises sur sa formation, qui dû en tout cas se dérouler au contact de l’art de Van Eyck déjà dans sa prime jeunesse. Il se perfectionne dans son métier à Bruges. Chez Jean van Eyck ? C’est possible. On retrouve dans ses œuvres, la représentation d’objets dont ce dernier s’était servi (miroirs, draps d’honneur, carpettes). L’artiste n’obtint son inscription comme bourgeois de Bruges qu’en 1444, trois ans après la mort de Jan van Eyck, mais il est probable qu’il résidait déjà depuis longtemps en cette ville où il y restera jusqu’à sa mort. Son activité se place dans la période comprise entre celle de Jean van Eyck et celle de Memling. Petrus Christus et son épouse faisaient partie de la fameuse confrérie religieuse Notre-Dame de la Neige à Bruges. Nombre de ses adhérents appartenaient sans nul doute aux milieux dans lesquels se recrutait habituellement la clientèle de Christus ou de Memling (bourgeoisie, haute finance, noblesse).


12 mars –  Juste de Gand et Hugo van der Goes (c. 1440-1482), l’apport des Flandres à l’Italie par Marie-Paule Vial, conservateur en chef honoraire

La Flandre et l’Italie se sont mutuellement enrichies dans le cadre de la recherche d’un rendu pictural de la réalité, tout en symbolisant deux civilisations de peinture. L’Italie a été le pays d’où provinrent les premiers et principaux clients de la peinture flamande, tous d’origine marchande ou aristocratique. Deux peintres illustrent ces échanges…
L’artiste connu sous le nom de « Juste de Gand » est Joos van Wassenhove (activité documentée de 1460 à 1475), peintre qui acquit la maîtrise de la corporation des peintres d’Anvers en 1460 et de celle de Gand en 1464. Formé sur l’exemple de Jan van Eyck, avec de nombreuses références à Rogier van der Weyden. Il est mentionné dans les documents en 1465, 1467 et 1468 ; À Gand il travailla et fut l’ami de Van der Goes. Une obligation de l’an 1475 atteste que Joos van Wassenhove quitta Gand pour Rome en 1469. Cette année-là, le peintre auparavant actif à Anvers se porta une dernière fois garant pour Hugo van der Goes ; il ne réapparaît qu’en 1473 sous le nom de « Giusto di Gand » (Juste de Gand) dans les archives de la Compagnie del Corpus Christi à Urbino,
Parmi tous les primitifs flamands, Hugo van der Goes est le seul à prendre une épaisseur humaine, le seul qui semble avoir été autre chose qu’un brave artisan respectueux de la tradition médiévale. Souvent on l’a même assimilé au « génie » de la Renaissance, tourmenté par l’influence néfaste de Saturne, planant loin au-dessus du commun des mortels mais toujours prêt à sombrer dans la folie. Le style très personnel de Van der Goes apporta une nouvelle vigueur à l’art flamand au moment où de nombreux épigones de Rogier van der Weyden transformaient en formules aisées l’art élégant de cet artiste. Ce style ne constitue pas un retour au réalisme : la conception artistique d’Hugo van der Goes reste toujours d’essence transcendante. Le « Triptyque Portinari », arrivé en 1483 à Florence, où il suscita l’intérêt et l’admiration des contemporains et influença nombre d’artistes, est le témoignage le plus important de l’importation d’œuvres d’art flamandes en Italie au cours du XVe siècle.


26 mars –  Le cas de Jheronimus Bosch (c. 1450-1516) par Anne Embs, conservateur monuments historiques

Bosch est avant tout un peintre de l’intériorité, d’où l’intérêt qu’il a suscité au XXe siècle dans le monde de la psychanalyse. Dès 1605, José de Sigüenza (1544-1606), historien et théologien espagnol, écrivait: « Les autres cherchent à peindre les hommes tels qu’ils apparaissent vus du dehors ; celui-ci a l’audace de les peindre tels qu’ils sont au-dedans. »
Hieronymus van Haken nait, vit, travaille et meurt à Bois-le-Duc, Hertogenbosch en flamand, ville dont il adopte le nom. Né vers 1450 dans une famille d’artistes peintre il évolue au sein d’une société dans laquelle se côtoient laïcs et cléricaux, paysans et marchands, pauvres et fortunés, petites gens et grands dignitaires… Grande ville de Hollande, la ville connaît une prospérité due à son commerce. Peu de choses de sa vie nous sont connues si ce n’est qu’il était à la tête d’un atelier reconnu et prospère et qu’il était membre laïc de la confrérie Notre-Dame qui rendait un culte particulier à la Vierge. Il est issu de la lignée des van Eyck, van der Goes, van der Weyden ou Bouts. Bosch est certainement l’un des artistes les plus énigmatiques de l’histoire de l’art. Ses peintures sont empruntes de son style personnel, entre gothique et renaissance.


14 mai –  Le raffinement de Hans Memling (1435/40-1494) et de Gérard David (c. 1455-1523) par Fabrice Conan, historien de l’art

L’œuvre de Memling est l’aboutissement de tous les apports du XVe siècle flamand. Qu’il s’agisse des polyptyques, des scènes religieuses, des portraits, son aisance est exceptionnelle. Gérard David peut être considéré comme le dernier grand « primitif » flamand. Son évolution artistique l’amènera à tisser un lien entre la peinture flamande du XVe siècle et la première Renaissance italienne.
Hans Memling est mentionné pour la première fois dans un document du 30 janvier 1465, lorsqu’il se fit inscrire dans le registre des bourgeois de la ville de Bruges. On suppose que Memling avait à peu près vingt-cinq ans lorsqu’il arriva à Bruges, mais il était déjà un peintre accompli. On ne sait rien de ses années de jeunesse, mais les historiens de l’art pensent qu’il fut d’abord apprenti à Cologne et travailla ensuite pendant quelque temps à titre de compagnon dans l’atelier de Rogier van der Weyden à Bruxelles