Autoportrait 1937 photo compte parmi les premiers peintres à s’être exprimé en utilisant un langage purement abstrait.
Mondrian a été initié par son oncle à la peinture de plein air, une innovation dans les années 1881, un héritage de Jongkind et de l’école de La Haye. Dans la structure des paysages d’avant 1900 Mondrian vise des effets d’ensemble avec des effets de lumière, de contre-jour. Il va s’intéresser aussi à l’impressionnisme, Néo-Impressionnisme et Fauvisme
Le départ pour la pêche-v.1898-1900-Orsay
Arbres au bord du Gein, lever de lune-1907-79×92,5-La Haye, Gemeentemuseum
Mondrian cherche à faire voir des idées, proches du mouvement symboliste. Il a le gout de la couleur « romantique » caractéristique du Symbolisme qui connaît en Hollande un certain intérêt.
Moulin dans le crépuscule- 1907-1908-67,5xx117,5-La Haye, Gemeentemuseum on ressent cette mélancolie. La peinture de paysage hollandaise prend plutôt comme motif la mer, la flotte maritime, la terre avec de grands arbres, des maisons et paysans. Le Moulin est un des motifs essentiels néerlandais qui apparait fin XIX° en tant que tel, si l’on excepte van Ruysdael au XVII°. Les ailes affectent la forme de la croix, renforçant le sentiment mystique. C’est pour lui une période d’expériences, de recherche de thématique et d’essais de couleurs. La France est alors à l’avant garde, ses avancées sont reprises par les pays européens 20 à 3à ans après.
Moulins au soleil – 1908 – la Haye est l’un des plus coloré. On note ici l’influence de son compatriote van Gogh dans l’outrance de la couleur et l’utilisation des couleurs primaires et dans la touche. Il connaît les rapports qu’entretiennent ces couleurs.
A partir de 1908-1909, travaille sur des séries ce qui lui permet d’obtenir une « décantation » du réel et d’aller vers l’abstraction. En 1909 il attaque la série des dunes. (près de Scheveningen, sur la côte, non loin de la Haye)
Dune I-1909-30×40-La Haye, Gemeentemuseum : il joue des rapports de couleurs et de l’utilisation de la touches. Il utilise la technique du dessous le ciel rendu par tâches bleues / surface jaune.
Dune II-1909-37,5×46,5-La Haye, Gemeentemuseum il emploie la technique développée par Seurat et Signac. L’aplat tend à donner des effets mais accuse la planéité alors que la touche fragmentaire insuffle lumière et dynamique.
Dune IV-1909-33×46-La Haye, Gemeentemuseum la lecture devient difficile, proche de l’abstraction. Kandinsky comme Mondrian sont fascinés par les possibilités qu’offre la couleur. Mondrian inverse les proportions que l’on rencontre dans la peinture de paysage hollandaise avec 1/3 de ciel pour 2/3 de terre.
Dunes près de Domburg-v.1910-65,5×96-La Haye, Gemeentemuseum il introduit la ligne d’horizon précise, il ouvre sur le lointain et l’infini. Il a ainsi trouvé l’expression par l’aplat de couleur en insufflant la notion d’espace dans sa composition.
Moulin-1910-150×86-La Haye, Gemeentemuseum est traité en aplat. Il s’agit plus d’un portrait de moulin ! Il faut y voir aussi une référence à la communauté humaine qui vit de l’eau, des réseaux de canaux, qui lutte contre l’eau et s’en sert. Monumental, traité en deux couleurs (bleu et rouge), possédant d’étranges ouvertures, ce moulin est doté d’un symbolisme fort. En 1909 il adhère à la société Théosophique des Pays-Bas. L’emploi des couleurs n’est pas gratuit. Le rouge c’est la terre, la passion, le charnel, l’homme. (Le moulin est lié au travail de l’homme). Le bleu est la couleur céleste, spirituelle. L’homme hollandais n’oublie jamais le divin. Le losange est une figure qui associe 2 triangles superposés, il équivaut ici à l’œil, le moulin est doté d’une âme, d’une vie.
Evolution-1910-La Haye, Gemeentemuseum est l’œuvre la plus symboliste de Mondrian. Ce triptyque met en scène trois jeunes femmes, celle du centre ayant les yeux ouverts. Le volet gauche symbolise l’incarnation, l’accomplissement de la vie matérielle, et celui de droite le stade intermédiaire d’équilibre entre la sphère spirituelle et matérielle ; le tableau central décrit l’épanouissement spirituel absolu. Surélevé par rapport aux autres, pour indiquer cet état supérieur, il représente une figure clairvoyante dont les yeux sont ouverts vers l’au-delà. Son élévation est symbolisée par un triangle dirigé vers le haut, que l’on retrouve à la fois au-dessus de ses épaules et dans la forme de ses seins et de son nombril. Dans la figure de gauche, surmontée de fleurs rouges, emblèmes de la passion sensuelle, la forme des seins et du nombril pointe en revanche vers le bas. La figure de droite est, quant à elle, caractérisée par deux étoiles à six branches, situées autour de la tête, qui représente l’unité entre esprit et matière.
Mme Blavatsky et Mondrian en méditation, vers 1909-1910. La pensée théosophique, développée dans la seconde moitié du XIXe siècle par Helena Blavatsky, met en avant l’idée d’un ordre cosmique du monde, au delà des apparences et du visible. C’est tout un questionnement sur la place de l’homme dans le cosmos, dans l’univers. On y retrouve un symbolisme important. L’horizontal représente le principe masculin, le vertical, le principe féminin. Les couleurs sont également attachées à ce symbolisme (Rouge, bleu, jaune, ce dernier étant associé à l’intellect). Mondrian est sensible à cette recherche d’une peinture plus spirituelle. Il n’oubliera jamais dans son œuvre ces principes. Ceci permet aussi de lire les toiles futures de Mondrian.
La série des arbres entre 1909-1912 Mondrian connaît les courants développés à Dresde, c’est l’un des plus expressionniste de son art. Il développe le motif à travers ces séries, mais ce n’est pas la nature qui l’intéresse (à la différence de Monet).
Crépuscule- l’arbre rouge-1908-1910-La Haye, Gemeentemuseum tourmenté, il apparaît comme une métaphore du destin humain.
L’arbre gris-1911-79,7×109,1-La Haye, Gemeentemuseum Il géométrise, évacue la couleur avec ses qualités spatiales et émotives, simplifie le motif en lignes verticales et horizontales et utilise des signes comme dans le cubisme. Il n’y a plus de profondeur
Pommier en fleur-1912-78,5×107,5-La Haye, Gemeentemuseum il adopte le principe cubiste. Il y a perte de lisibilité du motif, la gamme de couleur est cubiste, il élimine le détail et crée un jeu de lignes. 1911 est une année capitale dans l’évolution de sa peinture. En 1909, il découvre Cézanne (rétrospective à Amsterdam), et la capacité de ce dernier à créer un monde plastique. Il prend alors des libertés avec la réalité.
Nature morte au pot de gingembre-1911-1912-Guggenheim museum, NY on y retrouve ici les principe cézannien (espace illusionniste et espace cézannien) issu CEZANNE-La table de cuisine.1888-1890) Orsay
Il vient en mai à Paris et a dû voir la salle 41 du Salon où sont présenté les cubistes qui ont fera alors l’objet d’une exposition aussi à Amsterdam en 1911. Le cubisme de Braque et Picasso, dont il visite les ateliers, est alors déterminant pour lui. (Braque-Nature morte au violon-1911-130×89-MNAM)
Nature morte au pot de gingembre II-1912-Guggenheim museum il évacue la couleur, éclate les plans en multiples facettes. À la fin de l’année 1911, Mondrian est à Paris. D’abord installé au 33 avenue du Maine, il déménage en mai 1912 dans un atelier au 26 rue du Départ, près de la gare Montparnasse. Il peint alors cette version II. Et adopte le langage cubiste mais pas la rigueur.
Paysage avec arbres-1912-La Haye, Gemeentemuseum G Apollinaire le considère comme un « cubiste très abstrait » lors de sa participation au salon de 1912.
Nu-1912-La Haye, Gemeentemuseum il s’engage dans la voie du monochrome, mais ne déconstruit pas comme Picasso/Braque
Immeubles du boulevard Edgar-Quinet vus depuis la rue du départ-1914 – Photo il exécute alors des séries sur les toits de Paris Façades parisiennes-Immeubles du bd Edgard-Quinet, vus depuis la rue du Départ-1914-CP
La série des jetées et Océan Pendant la guerre de 1914, Mondrian est obligé de retourner en Hollande.. Confronté à la mer, à l’infini, il peint des croix dont le mouvement évoque la houle, à l’intérieur d’une forme ovale.
La mer-Domburg-1912-Coll.part présente une succession de vagues venant mourir sur le sable, vu à travers le filtre cubiste. La touche cézannienne indique le mouvement.
Jetée et océan 2-1914-fusain-La Haye, Gemeentemuseum c’est encore le bord de la plage mais comme vu du dessus.
Jetée et océan-1914-1915-fusain-La Haye, Gemeentemuseum la lecture est difficile, les vagues sont marquées par des multitudes de petites horizontales et verticales, les verticales plus longues étant les piquets de retenu
Composition n°10, jetée et océan-1915-Kröller-Müller Museum Mais la réalité est encore là, décantée.
Composition avec ligne dite Plus-minus-1917-Otterlo, Rijksmuseum Kröller-Müller il n’y a plus de références à la réalité dans le titre. Entre 1912 et 1920, il mène progressivement le cubisme jusqu’au néoplasticisme (la Nouvelle Plastique abstraite), et passe de « la réalité naturelle à la réalité abstraite ». L’idée abstraite est venue de la décantation de la réalité (comme Kupka, Kandinsky). Afin d’exprimer la beauté générale, le caractère géométrique de la nature doit être mis en avant. C’est à ce moment qu’il rencontre Theo van Doesburg et fonde le mouvement de Stijl. Dès la création de la revue en 1918, Theo Van Doesburg met tout en œuvre pour faire exister le « Stijl » sur la scène artistique européenne. Ardent militant d’un art total, il multiplie les textes, les conférences, les enseignements et, dans sa pratique artistique, les collaborations avec d’autres artistes et architectes. Par l’intermédiaire de Mondrian, il rencontre en 1920 le galeriste Léonce Rosenberg qui lui propose d’accueillir l’événement qui manquait à la légitimité de De Stijl : une exposition. Celle-ci, intitulée Les Architectes du groupe De Stijl se tient à la Galerie L’Effort Moderne en 1923. Il s’agit alors de montrer la réalité naturelle et la réalité abstraite. Mondrian développe systématiquement l’emploi de l’horizontale et de la verticale et des couleurs primaires. Ils publient le Manifeste du Néoplasticisme. Mondrian côtoie tous les artistes qui comptent (les Delaunay, les Arp, Jean Hélion, Mallet-Stevens, Pierre Chareau et Le Corbusier, les cubistes, les futuristes, les constructivistes, les artistes dada et les abstraits…) et accueille de jeunes artistes, comme Calder venu spécialement à Paris en 1930 pour le rencontrer.
Composition avec plans de couleurs pures-1917-Otterlo, Kröller-Müller Museum
Van DOESBURG-Les Joueurs de cartes-1917-huile et tempera sur toile-120,3×148,8 La Haye, Gemeentemuseum
Vilmos HUSZAR-Composition-1916-66,7x57x5-La Haye, Gemeentemuseum constituée de surfaces noir et blanc (non couleurs) où se pose le problème du fond et de la forme et qui représente un apport original au Néo-Plasticisme.
Bart Van Der Leck-Composition 1916 n°4, étude-1916-goauche sur papier-120,5×124,5-Otterlo, Kröller-Müller M mène une réflexion sur l’emploi des formes géométriques et la manière de les faire vivre.
Van DOESBURG-Quatre dessins préparatoires pour Composition en vitrail (Petite pastorale) destinée à la villa De Karperton à Bergemeer-1917-1918-Rotterdam L’abstraction est ici complète, formes géométriques et couleurs construisent le vitrail et participent, par la manière dont elles transforment aussi la lumière qui s’y diffuse, à la construction de l’espace.
Mais le néoplasticisme ce n’est pas seulement pictural, c’est aussi un mode de vie qui s’épanouit dans le quotidien, l’architecture
Bart Van Der Leck-Dessin pour l’aménagement intérieur d’une pièce de la maison D’Leewrik à Laren-1918-Stuttgart,
Bart Van Der Leck-Dessin préparatoire pour la salle d’art de Mme Kroller-Müller-1916-1917-Otterlo, Kröller-Müller M
Gerrit Rietveld-Maison Schröder-1924-Utrecht Extérieur et Chambre des enfants communiquant avec le salon-salle à manger-1er étage-
Gerrit Rietveld-Fauteuil rouge et bleu-1918-Utrecht, Central Museum
Jean Gorin-Esquisse pour une cité fonctionnelle-1929-crayon gouache, encre de Chine-33×48-Grenoble, MBa
Revenu à Paris après la guerre, il produit ses compositions de plans de couleurs primaires opposés à des plans de « non couleurs » (gris, blanc, noir) qui confrontent lignes horizontales et verticales.
Atelier de Mondrian1919-5 rue de Coulmiers, Paris-reconstitution & Mondrian dans son atelier rue du départ-Paris-Septembre 1926-De Telegraf. Michel Seuphor- Atelier de Mondrian-rue du Départ-1930 (photo) -Atelier 26 rue du Départ-1929 -4 peintures et maquette pour L’Ephémère est immortel de Michel Seuphor
Autoportrait-1918-La Haye, Gemeentemuseum. Rare œuvre figurative de sa période abstraite.
Grande composition avec noir, rouge, jaune et bleu-1920Rome, MAM Il se joue de l’agencement, des formes rectangulaires ou carrées, de bandes plus ou moins larges. Il n’y a pas deux toiles identiques. Les lignes masculines et féminines se croisent, près de couleurs (charnelles, spirituelles ou intellectuelles)
Tableau n°II-1921-1925-Col.part Peu à peu Mondrian affine ces principes et élimine le gris et le noir pour le fond.
Changement de l’organisation du tableau : la couleur est rejetée en périphérie au profit de la grille
Composition avec jaune, rouge et bleu- 1927Amsterdam, Stedelijk m Il va alors dédoubler la ligne, ce qui introduit un rythme.
Composition avec double ligne-1935-Washington,Hirshorn Museum/ Composition en blanc, noir et rouge-1936-MoMA
Composition II-1937-MNAM il crée un vrai réseau dynamique (il est opposé à l‘oblique)
Composition avec bleu et jaune-1925-Zurich-Kunsthaus il revient au losange, un carré sur la pointe, forme stable devenue ainsi mouvement. Le losange permet aussi la continuité de la peinture hors la toile. Couleurs et lignes peuvent se répandre dans l’espace.
Composition n° IV Foxtrot A-1930-Yale University Art Gallery-New Haven il n’y a plus de couleur, juste un jeu de lignes en largeur et longueur (malgré son apparence sévère Mondrian est un amateur de musique et de danse)
Composition avec deux lignes-1931-Amsterdam,musée municipal On ressent l’importance de l’équilibre entre mouvement et stabilité, qui associe les deux principes féminins et masculins. En 1938, le monde change, Hitler inquiète et Mondrian pressent le danger. Il part à Londres tout en rendant hommage à la France avec Place de la Concorde_ 1938-43-Dallas Museum of Art, qui est comme vue d’avion avec le grand rectangle central, vide et ses rues adjacentes. On y retrouve placés aux bords, les couleurs du drapeaux français (et néerlandais)
Composition, Trafalgar Square-1939-MoMA A Londres il revient à la couleur. Mondrian a beaucoup écrit, ce qui permet de comprendre sa peinture, les rapports des couleurs, la place de l’homme. Les titres redeviennent indicateurs, repères. En 1940, Londres subit le Blitz, il part s’installer à new York, une ville fascinante pour lui avec ses grattes ciels, verticaux et l’orthogonalité de son plan urbain, les voitures en mouvement, le clignotement des lumières. Il y retrouve une colonie d’artistes émigrés comme Breton, Chagall, Ernst, Léger, Zadkine (parmi artistes réfugiés à NY-1942)
New York City-1942.MNAM les lignes bleues, rouges et jaunes s’enchevêtrent les unes dans les autres, passant tantôt dessus, tantôt dessous, selon une logique dynamique. Cet effet de tissage donne une certaine profondeur (avant recherche de planéité) mêlée au rythme. Il oublie le noir, il revient ainsi aux couleurs primaires et l’aplat.
MONDRIAN et Broadway Boogie Woogie-1943 Il connaît la consécration avant sa mort en 44.
Broadway Boogie-Woogie-1942-1943-MoMA Cette nouvelle écriture aboutit, dans les toutes dernières années de sa vie, à des grilles et à des lignes composées d’une multiplicité de petits carrés de couleurs, circulant sur toute la surface de la toile dans un rythme effréné inspiré du Jazz et du Boogie-Woogie. On a l’impression d’un clignotement sur la toile. New York est toujours en mouvement, de jour comme de nuit.
Victory Boogie-Woogie-1944-coll.part Sa dernière œuvre inachevée. Le titre est révélateur de son gout de new York. C’est alors qu’il découvre les rouleaux de scotch coloré qu’il utilise pour composer ses œuvres avant de les peindre, comme des sortes de patrons. Il y a toujours des éléments du réel dans cette peinture abstraite

