Il faut attendre la Révolution pour que la notion d’œuvres appartenant à la nation se concrétise. Mais dès le XVIIe siècle, des collections se mettent en place avec Colbert, Mazarin, et s’enrichissent de façons différentes. La collection devient une passion aristocratique, une façon d’afficher sa condition. On passe de la notion de cabinet d’amateur à l’étalage de sa puissance. La résidence du roi étant ouverte à tous, il est possible de voir les œuvres. Et pour voir ces collections, on crée des galeries.
E. Jabach, le banquier Allemand, à deux reprises, en 1661-1662 puis en 1671, cède une grande partie de sa collection à Louis XIV; les 5000 dessins de la seconde vente, entrant alors dans les collections royales, constituèrent ensuite le fonds de l’actuel Cabinet des Dessins. En 1665, le roi récupère la collection du duc de Richelieu, à la suite d’un pari au jeu de paume (les saisons de Poussin). En 1671, la collection Fouquet est mise sous séquestre. S’il possédait des œuvres italiennes, son gout allait aussi vers les écoles du Nord, ce qui va permettre une ouverture nouvelle sur cet art. Le roi possède alors une des plus belle collection européenne mais elle n’est pas au Louvre abandonné au profit de Versailles. En 1692, l’Académie royale d peinture et de sculpture, se réinstalle au Louvre (JB Martin, assemblée de l’Académie). A l ‘époque, c’est réellement un laboratoire et l’assurance pour les peintres académiciens de pouvoir travailler aux grandes commandes. Une nouvelle dynamique se met en place. . Le Louvre possède beaucoup d’espaces disponibles, le rez-de-chaussée est cloisonné et les artistes installent leurs ateliers. Situé en zone franche (domaine royal), ils peuvent travailler en toute liberté. Sculpteur, ébénistes, fondeurs, peintres, … colonisent les lieux (et les dégradent). Au milieu du XVIIIe on s’interroge déjà sur l’état du Louvre, Voltaire dénonce son délabrement et appelle au retour du pouvoir royal. (Louvre, palais pompeux dont la France s’honore, Sois digne de Louis, ton maître et ton appui Sors de l’état honteux où l’univers t’abhorre Et dans tout ton éclat montre-toi : comme lui). Des pamphlets mettent en cause l’état du palais, et en 1752, Lafont de Saint-Yenne publie un petit ouvrage intitulé L’Ombre du grand Colbert, dialogue entre le Louvre et Paris qui fera grand bruit. Le sentiment d’un bâtiment exceptionnel, d’une collection nationale commence à se développer. Grâce à l’installation de l’Académie dans les appartements d’Anne d’Autriche, on présente des chefs d’œuvre (gravure du salon de l’académie).
La création en 1699, de la 1ère exposition des travaux des académiciens à leu dans la grande galerie, puis gagne la galerie d’Apollon et du salon carré. La Grande Galerie accueille les expositions suivantes de 1704 et 1706. A compter de 1725, le salon a lieu tous les deux ans. Il est ouvert le jour de la Saint Louis (25/8). Il est accompagné d’un recueil qui constitue la première publication de critique (dont Diderot sera le héraut). C’est un moyen de faire connaître la production française et sa suprématie (dessin Gabriel de Saint Aubin salon 1767). En 1715, on publie l’histoire des collections de l’Académie (frontispice Neuville 1739). Un débat se met en place sur la présentation des œuvres. Lafont de Saint Yenne s’insurge sur l’impossibilité de voir les grands modèles anciens, retournés au mobilier national, ce qui selon l’auteur entraine une décadence de l’art français et du grand genre (Réflexions sur quelques causes de l’état présent de la peinture en France – 1747). S’engage alors une réflexion sur la présentation des collections au Louvre, bâtiment inoccupé mais pouvant être destiné à la présentation des collections royales.
Le salon acquiert une grande renommée, et la primauté revient à l’art « contemporain ». (Vue de G de Saint Aubin salon 1765). Les plus belles œuvres sont accrochées au palais du Luxembourg. Cette ouverture est rendue possible par Le Normant de Tournehem et par le marquis de Marigny, frère de la Pompadour. L’ouverture, gratuite, a lieu 2 jours par semaine, sans sélection du public, avec un catalogue. Il n’y a aucun classement par école ou par artiste. C’est la qualité de l’œuvre qui prime. Des académiciens, comme Roger de Piles, « conseiller honoraire amateur », font paraître des catalogues par catégorie. C’est le début d’une organisation.
En 1774, est nommé directeur général des Bâtiments, Arts, Jardins et Manufactures de France, le comte d’Angiviller. Il doit mettre en formes les collections. Il s’efforça de renouveler la peinture d’histoire et entre 1776 et 1787, commanda une série de sculptures de grande taille représentant les grands hommes de la France, qui firent travailler les principaux sculpteurs du temps tels Houdon, Pajou. C’est le début du Néoclassicisme. On considère indispensable l’accès aux grandes œuvres et un retour à la morale et aux vertus. On pense alors à la grande galerie du Louvre pour présenter l’art français. (Tabatière Choiseul Louvre). En 1779 est lancé le concours pour le grand prix d’architecture ayant pour thème « Installation et création d’un museum ». Le Louvre retrouve une certaine fortune. L’idée d’y constituer un musée à partir de collections royales, déjà avancée par Marigny, est reprise par le nouveau surintendant qui voulait procéder à des aménagements appropriés à l’intérieur du palais. Se posa alors le problème de la Grande Galerie, une réflexion fut commandée à Soufflot. Elle aboutit à plusieurs idées :
- la suppression du décor inachevé de Poussin
- la construction d’une voûte en brique pour améliorer la protection contre les incendies
- le renforcement des planchers
- l’amélioration de l’éclairage par le creusement de fenêtres et d’oculi à la naissance des voûtes.
On eut juste le temps de détruire la voûte inachevée de Poussin, et de faire bâtir un escalier menant au Salon carré (Hubert Robert – présentation des collections au Louvre). On met en place un début d’éclairage zénithal.
En 1791, Il donne sa démission et laisse un lieu près à l’ouverture en tant que musée.
Pendant la Révolution, le musée s’enrichit brusquement grâce à la confiscation des biens du clergé (2 novembre 1789) et des biens des émigrés (8/8/1792) et à la suppression des académies (idem). Dès 1790, l’Assemblée prend réellement conscience de la nécessité de conserver les œuvres, et de stopper les destructions massives, aussi crée-t-elle le 1er décembre 1790, une commission chargée d’inventorier les monuments et les œuvres d’art nationalisés.
Des dépôts sont rassemblés dans d’anciens couvents, regroupant des statues de bronze pour la fonte, et d’autres pièces pour la vente. Le 6/6/1791, Alexandre Lenoir, peintre et archéologue, est nommé directeur de celui des Petits-Augustins. Il est l’un des personnages qui contribueront à la naissance de la notion de patrimoine, il est d’ailleurs considéré comme le premier conservateur de musée. On lui doit le Musée des Monuments Français à Paris. Il se bat contre la destruction et sauve les tombeaux de Saint Denis. Il commence à classer, inventorier et sauver… (Diptyque Aerobindus Louvre, l’Aigle de Suger).
Pendant cette période, Jacques Louis David, qui siège à l’assemblé joue un rôle essentiel (les Chevaux de Marly de Coustou sont rapatriés)
L’Assemblée – rapport Barrère- constituante vote le 26/5/1791 l’installation d’un muséum au Louvre dans la lignée du projet proposé deux ans plus tôt par D’Angivillers et des idées de Quatremère de Quincy. Un décret officiel (17/9/1792) plaçait les collections nationales sous la protection du Louvre et le premier octobre de cette même année, une « commission du muséum » réunissant six personnalités était mise en place. Le Louvre ouvrait 5 jours pour les artistes, 2 jours étaient réservés au nettoyage, 3 jours à tous. Les vétérans assuraient le gardiennage. (Hubert Robert, Etat de présentation des collections 1796). Il y avait 538 tableaux de la collection royale, 190 appartenaient aux écoles du Nord, 169 écoles italiennes, le reste écoles françaises. Plus de 300 tableaux étaient de la peinture d’histoire, vantant les vertus héroïques. Après une première ouverture, pour quelques semaines, le 19/11/1793, de nombreux critiques s’engagèrent contre les responsables du muséum, jugés incapables. Un catalogue, Objets contenus dans les galeries du muséum français avait été rédigé
La réouverture eut lieu en février 1794, alors qu’un afflux d’œuvres provenant des saisies révolutionnaires encombrait le musée.
Les œuvres arrivent au Louvre par saisies révolutionnaires, à l’étranger. Des Flandres, arrive le retable de la cathédrale d’Anvers de Rubens. Napoléon amasse des trésors Lombards, puis d’Italie du Sud, d’Egypte… On se pose la question du déracinement des œuvres (Quatremère de Quincy) et du pillage des décors. (Les Noces de cana de Véronèse, issu du réfectoire e San Giorgio Maggiore par exemple). Après la disparition de l’Empire, il faut restituer les œuvres aux pays pillés.
Un conservatoire, dirigé par David, fut mis sur pied, avec pour mission la protection, la sélection, l’exposition, la rédaction d’un catalogue raisonné et le marquage des œuvres. Cependant, David fut entraîné dans la chute de Robespierre, et le conservatoire dut se poursuivre à cinq membres.
La conception révolutionnaire de l’idée de musée comprenait une vue pédagogique et l’idée d’un lieu ouvert à tous, mais la commission devait concrétiser ces idéaux tout en respectant les artistes comme l’influent David qui insistaient pour avoir un accès réservé aux collections, afin de pouvoir les étudier à loisir. De nouveaux personnages, comme le marchand Jean-Baptiste Pierre Lebrun, entrèrent dans la réflexion. Ainsi, dans ses Réflexions sur le muséum national, celui-ci réclamait un spécialiste historien de l’art à la tête du muséum, et demandait un classement par école, initiant une réflexion des plus importantes sur la professionnalisation du musée. A partir de 1794/95, on constitue des commissions de restauration et conservation. En 1796, le musée est prêt à accueillir de nouvelles collections. Le travail du conservatoire ne cessa d’être critiqué, notamment par Lebrun, qui débuta l’ancêtre d’un travail muséographique, préconisant la division en neuf sections, la nécessité d’un catalogue plus scientifique et des travaux dans la grande galerie.
Napoléon I Les traités de Tolentino et Campo Formio, 1798, attribuent à la France les plus belles pièces des collections pontificales et de Venise. Tableaux et antiques sont acheminés en grande pompe au Louvre. Dès lors le musée ne cessera de s’enrichir des conquêtes de Napoléon.
En 1799, c’est l’ouverture du Muséum central. Napoléon est conscient de la place artistique et culturelle de la France grâce à une collection à vocation universelle. Le Musée Napoléon est dirigé par Denon à partir de 1802 et l’année suivante le buste de l’Empereur par Bartolini en domine l’entrée. Dominique Vivant Denon est le grand homme de l’époque au Louvre. Il est nommé directeur général du Museum central des arts, qui devient le musée Napoléon, puis le musée royal du Louvre, ainsi qu’administrateur des arts. Il fiche les œuvres, réalise des catalogues. En dehors des pillages il y a de nombreux achats. La collection Borghèse par exemple. A la chute de l’Empire en 1815, chacune des nations vient récupérer son bien et le musée est démantelé.
En 1827, est inauguré le musée Charles X au 1er étage de l’aile méridionale de la Cour Carrée. Y sont présentés des antiquités égyptiennes, des bronzes antiques, des vases étrusques et des objets d’art médiévaux et de la Renaissance. Les salles sont décorées de plafonds peints. La même année est ordonnée la création d’un Musée de la Marine. Installé tout d’abord au premier étage, il est ensuite logé au second étage de l’aile nord de la Cour Carrée. Il y demeure jusqu’en 1943. Le comte de Forbin réorganise un musée plus « aéré ». Mais il y a de nouvelles acquisitions et arrivées. La Venus de Milo, découverte en 1820, La victoire de Samothrace en 1862.
Sous Louis Philippe, le Louvre s’enrichit d’œuvres espagnoles, acquises sur la cassette privée du roi. Après son abdication, elles seront vendues. La France ouvre alors des chantiers en Mésopotamie et c’est l’arrivée des taureaux de Khorsabad., puis des Princes de Sumer …
Le salon se tient toujours au Louvre dans des conditions d’accrochage très serré.
Avec Napoléon III, le Louvre prend un nouvel essor,. On expose l’art égyptien, grâce à l’agrandissement du « palais ». Il abandonne l’Elysée pour le château des Tuileries et décide par décret du 12 mars 1852 l’agrandissement du Louvre et sa réunion au Tuileries. Dans le mouvement général de modernisation de Paris conduit par Haussmann le projet du Louvre fut mené tambour battant, notamment la destruction des baraques qui encombraient les abords du palais depuis plusieurs siècles, trois mille ouvriers furent mobilisés pour l’occasion.
La verrière de la grande Galerie est entièrement achevée. On présente les collections d’objet d’art du roi dans la galerie d’Apollon.
Les tableaux contemporains et anciens se retrouvent dans ce musée, la politique d’achat perdure. Les massacres de Scio de Delacroix ont été achetés, tout comme le fut le Serments de Horaces de David (achat Louis XVI).
Il y a des legs parfois refusé (Legs Caillebotte) et devant la frilosité de certain conservateur, on peut faire appel au public lors de souscription (St Thomas de La Tour)
Durant la seconde Guerre mondiale, le directeur G Bazin avait mis en place un schéma d’évacuation, grâce à la générosité de grand directeur d’établissements commerciaux (Cognacq à la Samaritaine, Chaussard aux magasins du Louvre). Au milieu d’un Louvre déserté, vide d’œuvre, ne restaient que les cadres… qui furent à cette occasion restaurés. Il y eut même des acquisition (en 1942, est acquis grâce aux amis du Musée, le tableau de Lebrun, le Chancelier Séguier). Les caisses revinrent après la guerre et ce fut l’occasion d’une réflexion sur la présentation des écoles et des collections. Les arts asiatiques iront au musée Guimet, les arts du XIXe au musée d’Orsay…

